Les résultats de la CIRADR+20 du point de vue des mouvements ruraux et autochtones
Après la conclusion de la conférence CIRADR+20, qui s’est tenue à Carthagène (Colombie) du 24 au 28 février, les mouvements sociaux ont exprimé leur rejet de la déclaration finale de la conférence, tout en renforçant leur unité dans la lutte commune pour les droits des peuples ruraux et autochtones.
Cette publication contient un communiqué de presse publié à l’origine par La Vía Campesina le 28 février 2026, ainsi qu’une vidéo d’une interview collaborative avec des représentants des mouvements sociaux, diffusée en direct par CLOC/LVC le 5 mars 2026, dans laquelle sont discutées les conclusions de CIRADR+20 et du Forum des Peuples et des Mouvements Sociaux.
Les Peuples Autochtones et les mouvements sociaux réaffirment leur unité et leur soutien aux organisateurs de la CIRADR+20, mais rejettent la déclaration de la conférence lors de la cérémonie de clôture
Par La Via Campesina (28 février 2026)
CARTAGENA DE INDIAS, 28/02/2026 – Lors de la session de clôture de la Conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural (CIRADR+20), les Peuples Autochtones et les mouvements sociaux, représentés par le Comité international de planification pour la souveraineté alimentaire (CIP)*, ont publié une déclaration politique forte affirmant leur «unité irréductible» face aux attaques continues contre leurs droits.
Les mouvements ont exprimé leur reconnaissance envers les gouvernements de la Colombie et du Brésil pour avoir replacé la réforme agraire au centre de l’agenda du dialogue politique international et pour avoir inclus leurs voix dans le processus de la conférence. Ils ont également souligné la nécessité pour les gouvernements et les peuples du Sud global de rester unis dans la défense du droit international et des droits humains, notant que l’Iran fait actuellement face à ce qu’ils décrivent comme une nouvelle attaque impérialiste.
La déclaration du CIP a réaffirmé que les droits des Peuples Autochtones et des paysan⋅nes sont indéniablement reconnus en droit international, notamment à travers les instruments adoptés par l’Assemblée générale des Nations unies tels que la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP) et la Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP). Le CIP a rejeté toute tentative de remise en cause de ces droits reconnus.
Une préoccupation centrale soulevée concerne l’assimilation des Peuples Autochtones au concept vague de «communautés locales», mentionné à plusieurs reprises dans la déclaration des gouvernements présentée en plénière. Tout en reconnaissant l’importance de la Conférence, les mouvements ont déclaré qu’ils «ne peuvent accepter la déclaration» adoptée à sa conclusion. Ils se sont engagés à poursuivre leur participation aux processus de suivi afin de garantir que leurs droits soient respectés, protégés et garantis.
Les organisations des Peuples Autochtones articulées au sein du CIP sous l’égide du Conseil international des traités indiens (IITC) ont souligné que les trois mécanismes des Nations unies en matière de droits de Peuples Autochtones ont clairement distingué les caractéristiques uniques, les origines et le statut juridique des droits des Peuples Autochtones, et ont averti que les regrouper avec des communautés non définies affaiblit ces protections. Des préoccupations similaires ont été exprimées par les peuples pêcheurs, les pasteurs nomades, les paysan⋅nes, les travailleur⋅euses ruraux et les communautés mobiles et artisanales dont les droits territoriaux et de mobilité doivent être explicitement reconnus.
La déclaration a appelé à une réforme agraire du XXIe siècle inclusive des Peuples Autochtones, des paysan⋅nes, des peuples pêcheurs, des éleveur⋅euses nomades, des femmes, des jeunes, des personnes de diversité de genre, des communautés afro-descendantes, des agriculteur⋅rices familiaux et des travailleur⋅euses ruraux⋅les. Elle a souligné que la réforme agraire doit aller au-delà de la redistribution des terres pour inclure les forêts, les océans, les rivières, les terres de pâturage et les routes migratoires. Redistribution, Reconnaissance, Restitution et Régulation doivent constituer les axes mutuellement renforçants d’une réforme agraire intégrale, tenant compte des différentes réalités existant dans le monde. La souveraineté alimentaire et l’agroécologie, ont-ils affirmé, doivent être des piliers centraux de cette transformation. La stratégie et les étapes concrètes vers une réforme agraire transformatrice sont exposées dans le document de position du CIP publié avant la CIRADR+20.
La déclaration s’est conclue par un appel à tous les gouvernements à engager un dialogue de bonne foi sur les droits des Peuples Autochtones, les droits des peuples pêcheurs et des éleveur⋅euses nomades, les droits des femmes et l’agroécologie.
«La réforme agraire, la souveraineté alimentaire et la justice sociale, agraire et environnementale ne seront réalisées qu’à travers la lutte », affirme la déclaration. « Nous rentrons chez nous pour organiser nos peuples et défendre l’avenir de nos communautés et de la Terre Mère».
* QUI SOMMES-NOUS: Le Comité international de planification pour la souveraineté alimentaire
Le Comité international de planification pour la souveraineté alimentaire (CIP) est une plateforme mondiale autonome et auto-organisée d’organisations de producteur⋅rices alimentaires à petite échelle et de travailleur⋅euses ruraux⋅les, ainsi que de mouvements sociaux de base/communautaires, dont l’objectif est de faire avancer l’agenda de la souveraineté alimentaire aux niveaux mondial et régional. Plus de 6000 organisations et 300 millions de producteur⋅rices alimentaires à petite échelle s’auto-organisent à travers le CIP, partageant les principes et les 6 piliers de la souveraineté alimentaire tels qu’énoncés dans la Déclaration de Nyeleni 2007 et son rapport de synthèse (En savoir plus).
Le CIP facilite le dialogue et le débat entre les acteur⋅rices de la société civile, les gouvernements et d’autres acteur⋅rices dans le domaine de la sécurité alimentaire et de la nutrition, en créant un espace de discussion autonome vis-à-vis des partis politiques, des institutions, des gouvernements et du secteur privé.
La légitimité du CIP repose sur sa capacité à faire entendre les préoccupations et les luttes auxquelles un large éventail d’organisations de la société civile et de mouvements sociaux sont confrontés dans leur pratique quotidienne de plaidoyer aux niveaux local, infranational, régional et mondial.
Voir la déclaration de clôture
Voir le document du CIP sur la réforme agraire
Voir le document de La Vía Campesina sur la réforme agraire
Entretien collaboratif sur les conclusions de la CIRADR+20 et du Forum des Peuples et des Mouvements Sociaux (uniquement en espagnol)
