|

L’Observatoire des droits paysans : un outil essentiel pour la mise en œuvre de l’UNDROP

Entretien avec Diego Monton, Mouvement national paysan indigène (MNCI) d’Argentine et CLOC–Vía Campesina

Dans un contexte régional marqué par une crise multidimensionnelle – caractérisée par l’avancée de l’agro-industrie, la criminalisation des luttes populaires et l’affaiblissement des droits collectifs – les paysan.ne.s restent l’un des groupes les plus vulnérables et, en même temps, l’un des plus stratégiques pour la souveraineté alimentaire, la défense des territoires et la justice sociale. Dans ce contexte, la mise en œuvre effective de la Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP) devient une tâche urgente et profondément politique.

Afin de renforcer ce processus, la CLOC-Via Campesina a encouragé la création d’un Observatoire des droits paysans, une initiative conçue comme un outil de coordination, de suivi, de visibilité et de soutien aux luttes rurales en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Dans cette interview, Diego Monton, dirigeant et référence du Mouvement national paysan indigène (MNCI) d’Argentine et de la CLOC-Via Campesina, approfondit les objectifs, la portée et les défis de ce nouvel instrument collectif, ainsi que son potentiel pour soutenir les luttes paysannes, influencer les politiques publiques et renforcer l’organisation populaire.

Quels sont les principaux objectifs de ce nouvel Observatoire ? Et comment espérez-vous qu’il puisse renforcer les luttes populaires dans les zones rurales et influencer les politiques publiques en matière de droits paysans en Amérique latine et dans les Caraïbes ?

L’Observatoire est une initiative qui vise à être avant tout un instrument de la CLOC et de La Via Campesina en Amérique latine, mais aussi d’autres organisations alliées. En outre, nous souhaitons qu’il constitue également un apport pour le Groupe de travail d’experts de l’ONU sur l’UNDROP, dans la mesure où il met à disposition des informations pertinentes sur l’évolution de la situation dans chacun des pays.

L’objectif central est donc, d’une part, de rendre visibles les situations de violation des droits des paysan.ne.s dans les pays et dans la région, mais aussi de mettre en évidence les expériences positives, à deux niveaux. D’une part, celles liées aux législations et aux politiques publiques fondées sur l’UNDROP, qui transforment progressivement les droits énoncés en actions concrètes des États. D’autre part, en rendant visibles les initiatives propres des organisations rurales, en tant qu’actions concrètes permettant de garantir les droits de la paysannerie.

L’Observatoire entend également offrir un outil de consultation pour les organisations : un espace dans lequel seront mis à disposition, du point de vue même de la Déclaration, divers études et rapports. Nous souhaitons produire de l’information et fournir des analyses et des connaissances rapidement accessibles, servant de base à l’élaboration de politiques publiques et de législations. À travers la construction de liens entre les organisations, le collectif des droits paysans de la CLOC et le Groupe d’experts de l’ONU lui-même, l’Observatoire contribuera à assurer un suivi systématisé du processus de promotion et de mise en œuvre de l’UNDROP.

Dans un contexte de crise systémique multidimensionnelle, marqué par une offensive frontale des élites dominantes qui profitent de la montée du néofascisme, la situation dans les zones rurales est de plus en plus conflictuelle : comment l’Observatoire contribuera-t-il à rendre visibles et à défendre les droits des paysan.ne.s face aux pratiques prédatrices de l’agro-industrie (accaparement des terres, OGM ou criminalisation des protestations) ?

L’Observatoire doit pouvoir dialoguer avec les luttes paysannes et contribuer à les renforcer. En effet, dans ces contextes de crise, la stratégie de certains États ou du capital financier de l’agro-industrie lui-même consiste à stigmatiser la vie et le travail paysans.

L’UNDROP permet de légitimer le rôle des paysan.ne.s, non seulement en consacrant leurs droits, mais aussi en reconnaissant le rôle qu’ils jouent en faveur de la souveraineté alimentaire, contre le changement climatique et le phénomène de la migration.

Plus de droits pour les paysan.ne.s signifie également plus de droits pour les travailleurs et travailleuses de tous les pays, et nous nous proposons d’y contribuer par la communication et l’accès à l’information, afin de renforcer les espaces de négociation des organisations. Nous sommes convaincus que le principal instrument dont disposent les paysan.ne.s en Amérique latine est la mobilisation, la lutte et l’organisation active. L’Observatoire vise précisément à accompagner ces processus, mais aussi à accompagner les institutions publiques qui ont de bonnes intentions et qui pourront trouver, outre des informations spécifiques, des expériences concrètes sur lesquelles créer ou développer de nouvelles initiatives.

De plus, nous allons avoir des cercles universitaires qui contribueront à l’Observatoire et s’en inspireront. Et comme je l’ai déjà dit, le groupe de travail d’experts de l’ONU sur l’UNDROP s’est engagé à fournir des rapports et des articles à l’Observatoire, et à utiliser ses rapports pour alimenter le plaidoyer au niveau international.

Quelle est la structure et quels sont les outils et méthodologies utilisés par l’Observatoire pour assurer le suivi et la documentation ? Et aussi, quels types de données ou d’indicateurs considérerez-vous comme essentiels pour votre évaluation ?

Dans cette première étape, la structure est très simple, avec une équipe réduite en ce qui concerne la coordination de l’Observatoire et quelques personnes chargées de la systématisation. Le travail se fait en articulation avec la CLOC, à partir de différentes expériences de recherche participative, en lien avec l’Alliance pour la biodiversité, des organisations de défense des droits humains de la région et d’autres réseaux.

L’enjeu est d’en faire un travail coopératif en réseau, permettant d’additionner les efforts et de rendre visibles de nombreuses initiatives qui sont menées et publiées dans divers espaces.

Il existe des agences et des médias d’information sur la situation du monde rural dans différents pays, qui réalisent déjà leur travail, et nous cherchons à pouvoir systématiser et centraliser, de manière complémentaire, l’ensemble de ce travail mené en parallèle.

Nous travaillons également au renforcement de la dimension financière de l’Observatoire, afin de pouvoir constituer un groupe de recherche propre, capable d’identifier les principales expériences dont nous nous nourrissons, d’approfondir le niveau de recherche et de disposer ensuite d’un solide manuel de politiques publiques associées à l’UNDROP. Cela doit permettre que, chaque fois que des avancées institutionnelles se produisent, des idées et des protocoles d’action puissent être rapidement mobilisés pour faire progresser la mise en œuvre institutionnelle de l’UNDROP, ainsi que pour le travail parlementaire dans tous les pays qui doivent encore approfondir et adapter leur législation en ce sens.

Comment les organisations rurales et leurs alliés, tels que le site web Défendre les droits des paysan.ne.s, peuvent-ils collaborer avec ce nouvel observatoire ?

Il existe une adresse électronique, [email protected], à laquelle il est possible de contacter la coordination de l’observatoire et d’envoyer des rapports, des articles et des propositions.

En outre, en Amérique latine, au sein du collectif des droits paysans, un réseau s’est constitué afin que les attachés des différents pays travaillent à la mise en ligne de l’Observatoire. La structure même de la CLOC est donc également un mécanisme.

Nous espérons également pouvoir établir une collaboration fructueuse avec le site web Defendiendo los Derechos Campesinos, afin de nous renforcer mutuellement et d’avancer vers la réalisation des droits fondamentaux des populations rurales.

A lire également